Dorés à l’extérieur, fondants à cœur, ces beignets mariant jambon Pata Negra et fromage Manchego, accompagnés d’une sauce au membrillo, résument la gastronomie ibérique dans tout ce qu’elle a de plus généreux : un jeu de textures, un contraste sucré-salé et une odeur de friture festive qui évoque instantanément les marchés de Séville. Depuis quelques mois, les écoles hôtelières de 2025 redécouvrent ce classique de la recette espagnole pour l’enseigner comme exercice de précision : la pâte doit enrober sans étouffer, le jambon mérite une découpe millimétrée et le membrillo doit conserver une acidité rafraîchissante. Le résultat ? Un en-cas prestigieux qui se sert autant dans un bar à tapas que dans une réception de startup parisienne.
En bref :
• Une pâte à beignets légère, aérée par une fermentation courte.
• Le jambon Pata Negra Bellota pour le gras fondant, possible alternative Serrano pour un budget maîtrisé.
• Du Manchego affiné douze mois, râpé grossièrement pour maximiser la fusion.
• Une sauce au membrillo montée au pimentón pour rappeler les ferias andalouses.
• Un format idéal d’apéritif, mais qui se prête aussi au brunch ou au dessert sucré-salé lorsqu’on renforce la touche de coing.
Les fondamentaux des beignets ibériques : pâte, friture et tradition vivante
L’Espagne, berceau des buñuelos, joue avec la friture depuis l’époque almohade. Sous l’effet de l’huile d’olive chaude, la pâte gonfle, créant des alvéoles capables de retenir l’humidité du jambon. À Tolède, on raconte qu’un maître artisan testait la densité de sa pâte en la laissant tomber dans une vasque : si elle rebondissait brièvement avant de couler, la fermentation était parfaite. Aujourd’hui encore, les concours provinciaux de 2025 imposent un cahier des charges précis : 70 % de farine de blé T65, 25 % d’eau, 5 % d’huile et une pincée de levure fraîche, soit 12 g par kilo.
Le secret réside dans le temps de pointage. Trente minutes suffisent pour activer la levure sans développer un réseau gluténique trop élastique. Dans les restaurants madrilènes, la pâte est souvent conservée à 18 °C afin de gagner en légèreté sans recours à des améliorants chimiques. Lorsque l’on incorpore un ingrédient aussi noble que le jambon Pata Negra, l’objectif est de protéger sa richesse en acide oléique : une friture à 170 °C garantit une coloration uniforme tout en préservant les nuances aromatiques.
Autre paramètre essentiel : la graisse de friture. Les puristes jurent par l’huile d’olive arbequina, réputée pour son point de fumée de 200 °C et sa discrète note d’amande verte. Cependant, plusieurs chefs innovants combinent 60 % d’huile d’olive et 40 % d’huile de pépins de raisin pour limiter le coût sans sacrifier le goût. Cette hybridation, popularisée lors du Salon Gourmets 2024 à Madrid, s’est imposée dans les food labs européens.
La tradition n’exclut pas la science. Des universités culinaires ont mesuré la diffusion de vapeur à l’intérieur du beignet : une pâte plus hydratée (jusqu’à 95 %) améliore le moelleux mais fragilise la tenue. Le compromis adopté lors des sessions de démonstration tourne autour de 80 %, offrant une croûte craquante et un creux interne généreux où viendront se lover fromage Manchego et dés de jambon.
Avant d’aborder la sélection des matières premières, retenons cette formule empirique transmise par la famille Urbanos de Cordoue : « Un bon beignet chante dès qu’il touche l’huile, mais il cesse de crépiter après vingt secondes ». Ce silence soudain indique que l’eau superficielle s’est évaporée, gage d’une enveloppe fine que même un enfant peut croquer sans effort.
Choisir un jambon Pata Negra d’exception et le marier au fromage Manchego affiné
Tout commence dans la Dehesa, ce biotope de chênes-lièges où les porcs ibériques s’abreuvent de glands. Entre octobre et janvier, la montanera façonne un gras infiltré qui se liquéfie dès 28 °C, température courante dans nos cuisines. Un Pata Negra Bellota labellisé DOP Guijuelo présente une teneur en acide oléique avoisinant les 56 %. Pourquoi est-ce crucial ? Lorsqu’il fond à l’intérieur du beignet, il se mêle au lait de brebis du Manchego pour créer un émulsif naturel, proche d’une crème chaude.
Le coût demeure un frein : environ 190 € le kilo en 2025 pour un jambon premium. Les chefs consultés recommandent de réserver les chutes proches de l’os, moins visuelles mais tout aussi parfumées. Si l’on remplace par un Serrano Reserva, la note noisette s’atténue. D’où l’astuce suivante : ajouter trois gouttes d’huile de bellota pure par beignet pour retrouver le caractère ibérique.
Quant au fromage Manchego, trois grandes catégories coexistent : semi-curado (3 mois), curado (6-9 mois) et viejo (12 mois). Pour la friture, le viejo est privilégié : son taux d’humidité réduit évite les éclatements en cuve. Dans l’école Ferrán Lozano de Barcelone, un test comparatif a montré qu’un Manchego viejo réduit la reprise d’huile de 8 % par rapport au semi-curado, un gain calorique non négligeable quand on sert cent portions à l’heure de l’apéritif.
La coupe joue aussi un rôle. Les fines allumettes de jambon sont souvent tentantes, mais elles se dessèchent à la chauffe. Préférez un hachage de 5 mm : ni trop fin ni trop épais, il garantit un éclatement aromatique sans mastiquer. Le fromage, lui, gagne à être râpé grossièrement : des copeaux de 2 mm fondront assez lentement pour créer des poches lactées.
À Burgos, le chef expérimental Ignacio Etxebarria a poussé l’idée plus loin : il fait sécher le Manchego deux heures au déshydrateur, puis le pulvérise pour lier la pâte. Résultat : un beignet plus léger, dont la phase aromatique dure six secondes de plus en bouche selon les capteurs de laboratoire. Cette précision scientifique permet à la charcuterie de s’exprimer sans être éclipsée par les notes de frit.
En définitive, choisir jambon et fromage revient à équilibrer gras et umami. Une anecdote illustre ce propos. Lors du concours Tapas & Innovación 2024, une équipe de Valence a tenté un combo Cebo-Manchego semi-curado. Le jury a noté le manque de « queue aromatique ». En deuxième manche, même beignet, mais cette fois avec Bellota-viejo : explosion de votes. Un rappel que la qualité des intrants détermine le prestige du résultat.
Élaboration pas à pas : manipuler la pâte, enfermer la garniture, maîtriser la friture
Étape 1 : autolyse brève. Mélangez farine et eau, laissez reposer quinze minutes. Ce délai, défendu par l’INRAE lors de son colloque 2023, favorise l’hydratation homogène sans excès de pétrissage. Étape 2 : incorporez levure, sel et une cuillère d’huile. Pétrissez trois minutes seulement pour éviter une pâte trop élastique, ennemie du gonflement spontané.
Étape 3 : première fermentation. Trente minutes à 28 °C sous film. C’est le moment de préparer la garniture : dés de jambon Pata Negra et copeaux de Manchego. Étape 4 : rabattage. Dégazez doucement, ajoutez la garniture en pluie, repliez sans trop travailler pour ne pas chauffer le gras.
Étape 5 : deuxième pousse. Quinze minutes supplémentaires à 24 °C. Une pâte plus froide obligerait à un temps de friture plus long, synonyme d’absorption excessive. Pendant cette attente, organisez votre poste : une huile à 170 °C, une écumoire percée large, un papier absorbant et, si vous suivez la méthode du chef Miranda, un ventilateur de comptoir pour cisailler l’odeur de friture et améliorer le confort sensoriel en salle.
Étape 6 : façonnage. Utilisez deux cuillères trempées dans l’eau pour former des quenelles de 20 g. Cette taille garantit un cœur chaud en quatre minutes. Jetez-les, par groupe de six, dans la cuve. Dès qu’un beignet remonte, retournez-le pour éviter le marquage asymétrique.
Surveillance thermique : un graphique du centre Culitek démontre qu’à 170 °C, le gradient interne atteint 72 °C au bout de 210 secondes, seuil idéal pour fondre le fromage sans « griller » le sel nitrité du jambon. Au-delà, la croûte brunit excessivement, libérant des notes amères de furane. Égouttez, puis laissez reposer deux minutes : l’amidon se rétracte, la croûte se durcit, et la bouche profite d’un crunch prolongé.
Chronologie gourmande : des buñuelos anciens aux beignets Pata Negra-Manchego
Le dressage enfin : disposez trois beignets côte à côte pour former un triangle, déposez un point de sauce au membrillo au centre. Cette géométrie n’est pas anodine : elle évite la perforation de la croûte lorsque l’on saisit un beignet, et elle rappelle le blason castillan, clin d’œil culturel apprécié des touristes.
La sauce au membrillo : équilibre d’un dessert sucré-salé revisité en dip épicé
Le coing, fruit oublié du verger français, trouve en Espagne une deuxième jeunesse sous forme de pâte : le membrillo. Pour en faire une sauce, on dilue 100 g de pâte dans 50 ml d’eau chaude, on ajoute 5 ml de vinaigre de Xérès, une pincée de pimentón de la Vera et un trait de jus de citron vert. Le résultat est une gelée nappante qui adhère au beignet sans couler.
Les gastronomes hésitent entre laisser des morceaux de coing ou lisser totalement la préparation. À l’atelier FoodLab de Lyon, l’équipe de R&D a observé au microscope que de petits cristaux de fructose favorisent l’adhérence, comme autant de micro-crochets. Voilà pourquoi la version rustique domine la scène culinaire 2025 : un visuel artisanal rassurant et une texture accrocheuse.
Cette sauce au membrillo répond à la question : comment sublimer un gras noble ? Le sucre se lie au sel du jambon par phénomène de contraste, tandis que l’acide du vinaigre perce la lourdeur lipidique. Certains chefs ajoutent du café cold-brew pour une note torréfiée ; d’autres infusent du safran de La Mancha, clin d’œil régional. L’important reste la gestion de la viscosité : si la sauce est trop fluide, elle fuit ; trop dense, elle couvre les arômes.
Pour tester la tension de surface, on plonge une cuillère et on la ressort : si trois gouttes seulement tombent en cinq secondes, la texture est idéale. Cette méthode empirique, plus rapide qu’un réfractomètre, est validée par l’Union des maîtres conserveurs ibériques.
Le membrillo permet aussi des détours vers le dessert sucré-salé. À Bilbao, la pâtissière Maialen Izarra sert un churro farci au jambon Pata Negra, nappé de membrillo et poudré de sucre glace : le beignet se transforme en final sucré d’un repas de pintxos. Preuve qu’un condiment bien pensé peut ouvrir la porte à des horizons inattendus.
Service, accords et déclinaisons : vers un apéritif d’auteur et des expériences multisensorielles
Le moment de service forge la perception gustative. Chez Casa Nueva à Marseille, les beignets arrivent sur un plateau d’ardoise chauffé à 45 °C : la croûte reste sèche plus longtemps, le gras se liquéfie doucement et le parfum de charcuterie embaume la table. À Madrid, le chef Martín Ocaña préfère une corbeille en osier doublée de papier kraft : contact direct avec l’air, évacuation rapide de la vapeur et esthétique street-food.
Accords liquides : un fino de Jerez pour la minéralité, un cidre basque pour la fraîcheur ou, tendance 2025, une IPA légère enrichie aux houblons aromatiques espagnols (Perle et Nugget). Le gaz carbonique nettoie le palais, prêt pour un nouveau croc. Pour des événements corporate, un mocktail à base de verjus et de tonic offre une option sans alcool qui préserve l’esprit tapas.
Déclinaisons : échangez le Manchego contre un Idiazábal fumé pour un profil plus boisé. Remplacez la sauce au membrillo par une émulsion de figue rôtie si la saison l’exige. Un chef aurillacois a même présenté un beignet vegan, substituant le Pata Negra par une lamelle de shiitake mariné au miso pour imiter l’umami. L’audace ouvre la porte à une clientèle flexitarienne, sans trahir la logique de la recette.
Expérience multisensorielle : les restaurants high-tech projettent un mapping vidéo de dehesas andalouses pendant la dégustation. Les neurones miroirs, stimulés par le paysage d’origine des cochons ibériques, augmentent la sensation d’authenticité, selon une étude publiée dans Gastronomy & Neuroscience (mai 2025). Quelques gouttes d’huile essentielle de chêne-vert vaporisées dans la salle complètent l’immersion.
Conservation et revenu. Un beignet se consomme idéalement dans les trois minutes. Pour l’emporter, glissez-le dans un sac micro-perforé : la vapeur s’échappe, la croûte reste croquante. Côté food-cost, une portion de trois beignets premium revient à 2 € matière ; revendue 8 €, elle génère une marge brute de 75 %. Un argument de poids pour les entrepreneurs de dark-kitchens qui cherchent une offre différenciante.
En guise de perspective, imaginons une table d’hôte mêlant buñuelos, pan tumaca et paella socarrat. Les beignets Pata Negra-Manchego feraient figure de passerelle, reliant la convivialité du pain frotté à la sophistication du riz safrané. Voilà comment un simple en-cas devient un pivot gastronomique.
Puis-je remplacer le jambon Pata Negra par une autre charcuterie ?
Oui, un jambon serrano Reserva ou même une coppa permettront de conserver le format, mais le gras plus sec nécessitera d’ajouter une cuillère d’huile d’olive dans la pâte pour garder le moelleux.
Comment éviter que les beignets s’imbibent d’huile ?
Respectez une température stable de 170 °C, ne surchargez pas la cuve et égouttez sur grille deux minutes afin que l’excès de graisse s’écoule avant de servir.
La sauce au membrillo peut-elle se préparer à l’avance ?
Elle se conserve trois jours au réfrigérateur dans un pot stérilisé. Réchauffez-la doucement au bain-marie avant le service pour restaurer sa brillance.
Quel Manchego choisir si je n’aime pas les fromages trop puissants ?
Optez pour un Manchego semi-curado affiné trois mois ; son goût est plus doux. Compensez alors la teneur en eau plus élevée en prolongeant la friture de trente secondes.


Cet article m’a vraiment donné envie de me mettre aux fourneaux ! La combinaison du jambon Pata Negra et du fromage Manchego est incroyable, et la sauce au membrillo semble délicieuse. J’adore les recettes qui ont une histoire, et celle-ci en a une belle. Merci pour ce partage !